La nouvelle vie donnée au patrimoine architectural religieux honore la vocation sociale et communautaire de ceux qui ont autrefois administré les lieux de culte. Bien que le processus soit long et ardu, nombre de projets de conversion se concrétisent et inspirent.
Par Constance Pomerleau et Samuel Lacasse
Le Chic resto pop
Le Chic Resto Pop, auparavant l'église Saint-Mathias-Apôtre, est une cantine offrant des repas complets à des prix modiques dans le quartier d’Hochelaga. Le but premier de cet organisme est de fournir des plats et une ambiance conviviale toute la semaine pour contrer l’insécurité alimentaire. Le Resto désire accueillir les gens sans prendre en compte leurs différentes classes sociales: tout le monde est bienvenu.
L’ancienne église a été transformée en restaurant communautaire par l’initiative d’un groupe de bénéficiaires de l’aide sociale en 1983. L'aménagement des lieux a duré plus d’une décennie (1984 à 1995), permettant ainsi la préservation de l’architecture d’origine.
Maison Saint-Raphaël
La maison Saint-Raphaël, de l'ancienne église du même nom, a été reconstituée à la suite du décès du Père Gérald A. Sinel. Pour éviter la destruction du lieu, un groupe d’investisseurs indépendants touchés par le projet du Père Sinel ont concrétisé la nouvelle vocation de l’église du début des années 1930. Le projet de maison de soins palliatifs a vu le jour en 2007 et l’établissement a finalement ouvert ses portes en 2019.
Photo extérieure
La mission de la Maison St-Raphael entretient une continuité des vertus religieuses de la paroisse vétuste. La préservation physique se limite à la structure, la façade et quelques reliques.
Le prêtre Gérald A. Sinel avait à cœur l’importance d’accompagner les gens dans la mort. Ayant travaillé comme aumônier pour la St Mary’s Hospital durant 10 ans, un de ses derniers souhaits était que l’église devienne un lieu offrant des soins palliatifs adéquats pour permettre aux personnes de mourir avec dignité. L’atrium lui a d’ailleurs été dédié.
Marco Ottoni, vice-président de la maison de soins, est responsable d’avoir réuni le groupe d’investisseurs et les membres du conseil d’administration. D’ailleurs, son père est décédé l’année dernière en bénéficiant des soins du centre. Il a été grandement impressionné des efforts des employé(e)s et des bénévoles pour accompagner son père dans la mort. « C’est un lieu où il y a la mort, mais un lieu rempli de vie aussi, » soutient M. Ottoni.
Le Centre de jour offre de nombreux services d’accompagnement pour la famille des défunts, tels qu’une rencontre avec une travailleuse sociale ou avec une massothérapeute. C’est une manière d’alléger le deuil et de partager avec d’autres qui traversent la même épreuve.
« La mort, c’est tabou », précise M. Ottoni, souhaitant qu’on mette un terme à ce tabou sociétal. Pour lui, la maison doit avoir une ambiance de « chez soi », et non une ambiance clinique. Finir ses jours dans le confort de sa propre maison, ou dans une ambiance qui lui ressemble est selon lui la moindre des choses.
La musicothérapeute Anne Lacourse crée des œuvres avec les patients de la Maison Saint-Raphaël destinées à leurs proches, afin de préserver et d’honorer leur mémoire.
Centre communautaire Germaine-cousin
Sur le point d’être démolie enraison des coûts d'entretien, d’une diminution des fidèles, et du retrait de l’amiante sur 95 % de sa surface intérieure, la paroisse Sainte-Germaine-Cousin a finalement été préservée. L'église dessinée en 1960 par Gérard Notebaert représente le patrimoine de son époque par sa voûte de pans obliques en béton d’une hauteur de 56 pieds. « Les souvenirs, les émotions et tout ce qui a été vécu sont [préservés] dans la pierre », partage François Claveau, directeur de la corporation Mainbourg, un organisme d’économie sociale qui gère des immeubles à vocation communautaire.
Photo intérieur
L’église est prise en charge en 2005 par la Corporation Mainbourg, qui a également reconstitué la Crèche St-François-d’Assise, créant ainsi le centre communautaire Mainbourg. Avec le centre communautaire Germaine-Cousin , la corporation voulait bâtir un centre de service intermédiaire pour les personnes âgées en perte d’autonomie, un service très peu accessible à l’époque.
Le centre doté d’une garderie et de 126 logements est récipiendaire d’une mention spéciale du jury aux Prix du Conseil du patrimoine religieux du Québec en 2016 dans la catégorie « réutilisation ».
La reconstitution des églises; une manière de préserver le patrimoine en réconciliant le passé et le présent.