Le 1er juillet 2025, le président américain Donald Trump annonçait la dissolution officielle de USAID. De nombreux pays tiraient alors la sonnette d’alarme tout comme de nombreux organismes d’aide communautaire internationale, laissés en situation de précarité.
Parmi les multiples décrets que Donald Trump a signés lors de son arrivée au pouvoir en janvier 2025, celui qui visait à geler une majorité du soutien financier déboursé par les États-Unis en matière d’aide humanitaire a suscité plusieurs réactions. USAID, le plus important programme d’aide financière internationale à ce moment-là, a été parmi les premiers à être suspendu. Le 20 janvier 2025, Trump annonçait : « Elon [Musk] fait un travail formidable. Il trouve d’énormes fraudes, corruptions, et gâchis d’argent comme avec l’USAID. »
Une pause obligatoire de 90 jours s’ensuivit pour 83 % des programmes mis sur pied par l’agence. Suite à cette interruption, leur cessation définitive a été officialisée par le président et soutenue par Musk.
Une étude réalisée par une équipe de scientifiques du journal The Lancet rend compte des apports concrets de cette organisation créée en 1961 par le Congrès américain. Depuis plus de 60 ans, avec un budget annuel qui se chiffrait au moment de sa dissolution à 42,8 milliards de dollars, elle aurait contribué à éviter approximativement 91 millions de morts, dont 30 millions d’enfants. Elle représentait ainsi 42% de l’aide humanitaire internationale et permettait de combattre plusieurs maladies, telles que le VIH et la malaria.
Quelques pays européens ont également coupé dans l’aide apportée aux pays dans le besoin à la suite de son annonce. Cet effet « domino » est perçu de façon inquiétante par de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et les pays bénéficiaires de cette aide, notamment l’Éthiopie, mais aussi le Honduras, l’Afghanistan et l’Irak.
Souffle coupé pour les ONG
Avec cette première suspension de 90 jours signée par Trump, certaines ONG soupçonnaient déjà la fermeture complète et prolongée des programmes d’aide visés. Un travail d’adaptation a rapidement été entrepris. L’inquiétude n’a toutefois pas été moins vive lorsque les doutes se sont confirmés, mentionne le responsable du développement philanthropique chez Humanité & Inclusion Canada, Jean Maso. Cette organisation œuvre dans plus de 50 pays pour « la réduction de la violence armée » et pour « [offrir de] l’aide humanitaire en cas de conflit ».
« On a forcément ressenti de la stupeur, de la surprise. Un peu de regrets aussi, de voir ce genre de financement être coupé du jour au lendemain sans forcément trop d'explications », dit-il.
L’analyste de politiques à l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), Denis Côté, abonde dans le même sens: « Pour nous, disons que ça a été la consternation. […] Nos membres sont actifs dans plus de 90 pays et, même s’ils ne sont généralement pas financés directement par USAID, leurs partenaires, souvent, le sont », ajoute M. Côté.
Des pays en état de crise
Les répercussions sont concrètes pour les pays bénéficiaires de l’USAID. L’impression de manquer de ressources pour éliminer les tensions au sein même de leur pays exacerbe le niveau d’inquiétude des citoyens qui en dépendent.
« Dans des systèmes de santé très dépendants comme ça, l'impact est catastrophique », exprime la directrice de l’Unité de santé internationale de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Karina Dubois-Nguyen. Elle explique que la cessation de certains programmes déjà établis a pour effet de limiter, voire d’empêcher, l’accès des personnes vulnérables à la médication, aux vaccins et à certains autres soins de prévention. Son expérience lui a montré que toute « coupure économique drastique accentue les crises. On se retrouve encore avec de gros trous. »
La professeure adjointe au département de médecine sociale et préventive de l’UdeM, Muriel Mac-Seing, ajoute qu’un sondage de Death Tracker a révélé que ce sont des « centaines de milliers de gens qui allaient mourir, soit environ 88 morts chaque heure, des effets de coupure de USAID, notamment des enfants. »
Un autre sondage mené par la Kaiser Family Foundation en mars 2025 auprès de la population américaine faisait état de leur impression. « Presque la moitié des personnes sondées pensaient que les coupes budgétaires de USAID allaient être redirigées vers des programmes domestiques et réduire le déficit américain », note la professeure. Or, Mme Mac-Seing conclut que « force est de constater qu'un an après, on peut être très dubitatif sur les effets positifs anticipés à l'endroit des programmes domestiques pour améliorer la vie des Américains. »