Le nouveau gouvernement travailliste norvégien est revenu sur une décision controversée qui permettait l'acquisition de permis pour l’exploitation minière en eaux profondes. Le 3 décembre dernier, il a suspendu l’ensemble des possibilités et des plans d’exploitations jusqu’en 2029.
Le projet a été reporté par le gouvernement minoritaire afin d’obtenir une entente avec les différents partis écologistes de gauche pour exercer une majorité au parlement norvégien. Des manifestations de plusieurs organismes ont contribué au recul sur l’exploitation minière en haute mer et cela leur a permis de voter à la majorité leur budget annuel.
L’exploitation en mer est un processus complexe, qui nécessite beaucoup de temps et de ressources. Le collecteur sous-marin, l’outil de récolte de sols marins, ramène les récoltes au système de remontée, un tube qui remonte les nodules, soit des amalgames de métaux situés dans les fonds marins, au navire de soutien à la production. Celui-ci flotte au-dessus des gisements miniers et est utilisé pour stocker les minéraux retirés, tels que le cobalt, le nickel, le cuivre et le manganèse. Le bateau de transfert des minéraux se déplace entre la terre au navire de soutien afin de les transporter.
Risques écologiques
Les récents plans d’exploitation minière avaient été créés en réponse au besoin mondial en minéraux, qui se trouve sur le sol océanique. Les nodules sont en haute demande, notamment à cause de la transition mondiale vers l’énergie verte et la fabrication de batteries. Pour la militante océanique norvégienne de Greenpeace Nordic Haldis Tjeldflaat Helle, justifier une exploitation d’écosystèmes méconnus pour créer une énergie verte et fabriquer des batteries est hors de la question. « La prémisse elle-même est fausse. Miner, en général, n'est pas une pratique durable», dit-elle. À son avis, il est impossible que cette exploitation soit durable, car les impacts de celle-ci sont encore inconnus sur les écosystèmes et l’environnement.
Dans une entrevue pour le Time Magazine, la biologiste marine Diva Ramon mentionne que les minéraux visés « forment une partie vitale des fonds marins » et que c’est sur ces fonds marins que « la vie s’attache dans les profondeurs ».
« Le vivant comme les coraux, les anémones et les champignons sont attachés aux fonds marins. Quant aux nodules, la vie marine s’y cache et s'abrite. Ils sont vraiment le point de départ de l’écosystème », explique la biologiste.
Incertitude mondiale
Pour le professeur de bioéconomie à l’université de British Columbia, Ussif Rashid Sumaila, ces arrêts massifs d’ébauches de mines sont expliqués par le manque de possibilités d'exploitation à la fois écologiquement durables et monétairement rentables. D’après le professeur, ce serait la raison pour laquelle les pays, les entreprises et les banquiers décident de ne pas exploiter les fonds marins. Ces différents partis désirent travailler et trouver la meilleure manière d’entreprendre des opérations minières en « endommageant l'environnement le moins possible ».
Plusieurs autres pays, comme les Samoa et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, considéraient également cette nouvelle pratique. Ils ont aussi imposé des moratoires en 2024 et 2023 respectivement.