Cette année, trois fois moins de personnes au Canada ont suivi sur leurs écrans les athlètes paralympiques comparativement aux olympiens et olympiennes, avec des auditoires respectifs de 30,5 millions et 10 millions de personnes.
Pendant les deux semaines des Jeux olympiques d'hiver de Milano-Cortina, nous avons suivi les descentes, les sauts, les lames sur la glace. Puis, s’en sont suivi, du 6 au 15 mars, dans les mêmes montagnes italiennes, les Jeux paralympiques.
C'est là que nous avons tous les deux décroché. Presque automatiquement. Ni par malveillance, seulement par habitude. Seules les quelques vidéos sur les réseaux nous ont permis de rester informés des meilleurs coups et des médailles remportées…
Un peu plus d’une semaine après la fin des Jeux, une question nous trotte dans la tête. Pourquoi avons-nous boudé les Paralympiques?
Est-ce parce que, de facto, nous les croyons subconsciemment moins « impressionnants » ? Nous nous plaignons pourtant de ceux qui prétendent que le sport féminin est moins spectaculaire que celui des hommes. Nous devrions être les premiers à allumer nos écrans pour reconnaître le sport sous toutes ses formes.
Le Canada a terminé les Jeux paralympiques avec 15 médailles : 3 d'or, 4 d'argent, 8 de bronze. Ina Forrest, 63 ans, a décroché une médaille d'or en curling en fauteuil roulant, devenant au passage la médaillée la plus âgée de l'histoire de l'équipe canadienne, en plus d’être la joueuse de curling en fauteuil roulant la plus décorée au monde, avec 5 présences paralympiques à son actif.
Il y a aussi Natalie Wilkie, fondeuse de 25 ans et quintuple championne paralympique, qui a ramené 3 médailles à elle seule.
Puis, il y a Kalle Eriksson et sa guide Sierra Smith, qui ont décroché l'argent en descente para-alpine dès le premier jour, lors de leurs tout premiers Jeux paralympiques.
Le saviez-vous ? Nous non plus, jusqu'à ce que nous fassions nos recherches, sur le tard.
Les athlètes paralympiques redéfinissent ce que nous croyions humainement possible. Un gars qui dévale les pentes italiennes abruptes en ski para-alpin avec un seul bras. Une athlète qui fait du biathlon avec une déficience visuelle, guidée par la voix de quelqu'un d'autre. Ce n’est pas rien.
Habiter ses contraintes
De notre mince expérience d’athlètes amateurs, être confronté à des limitations physiques figure parmi les sentiments les plus durs à gérer, tant sur le plan émotionnel, physique, que, nous dirions même spirituel.
On redécouvre le corps à travers ses limitations, on réapprend à l’habiter, on fait face aux facultés que l’on tient pour acquises. Le sport étant un mode de vie, on doit même repenser son identité post-blessure. C'est un processus long, si long que, parfois, on tend à faire le deuil de sa vie d'avant.
Or, contrairement à nous, les contraintes physiques des para-athlètes sont permanentes. Ces derniers ne vivent pourtant pas leur handicap comme une fatalité ; le temps ne s’est pas arrêté, et ils se réapproprient leur corps pour en faire des prouesses qui valent la peine d’être regardées et saluées.