L’enlèvement de Nicolás Maduro marque un tournant définitif dans la politique américaine étrangère. Un tournant entamé depuis son retour à la Maison-Blanche.
Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis occupent une position dominante, souvent qualifiée d’« ordre libéral international ». Cet ordre reposait — du moins en théorie — sur des règles, des alliances et des institutions. En capturant un chef d’État étranger et en menant des frappes massives sans consensus international clair, Washington semble désormais agir en dehors de ce cadre.
Le plus inquiétant dans tout ça « est le contraste entre la puissance des moyens militaires déployés et le sentiment d’improvisation qui s’en dégage », comme le nomme le directeur adjoint de la rédaction du Nouvel Obs, Grégoire Leménager, dans son éditorial du 5 mars dernier.
Toujours la guerre
L’ironie là-dedans? Le président américain a critiqué à plusieurs reprises Barack Obama et George W. Bush d’avoir engagé des guerres au Moyen-Orient. En 2011, il disait même à propos d’Obama : « Notre président va lancer une guerre contre l’Iran afin d’être réélu. Ce serait un scandale ». Trump a d’ailleurs ordonné plus de frappes militaires en 2025 que Biden pendant son mandat.
Il s’est targué d’être le président qui allait mettre fin au plus grand nombre de guerres. Force est de constater qu’à défaut de mettre réellement fin à la guerre au Moyen-Orient et en Ukraine, son mandat a servi à substituer son équipe rapprochée (Stephen Miller, JD Vance, Marco Rubio et autres) au conseil de sécurité de l’ONU et à utiliser l’OTAN comme outil de « racquetting » mondial.
Vassalisation
L’ordre mondial est mort. Était-il parfait ? Absolument pas. C’était un ordre qui était lui aussi basé sur une forme de vassalisation économique et structurelle des pays du Sud global. Cependant, l’ordre que Donald Trump cherche à créer et installer n’aura rien d’une révolution pour les pays du Sud global. L’extractivisme, le révisionnisme historique et le mépris de la part des pays du Nord continueront. En bonus, ils perpétueront une hiérarchisation à visage découvert des races et des pays du monde, un mépris crasse envers tout ce qui n’est pas occidental ainsi qu’une utilisation des pays en développement comme entrepôt pour y envoyer les immigrant(e)s capturé(e)s par la Stasi américaine.
Comme de fait, nous retournons à la belle époque de la carotte et du bâton. L’époque où la CIA était envoyée en Amérique latine pour surveiller les mouvements politiques dissidents et où elle entraînait les forces armées des régimes autoritaires. L’époque où chaque gouvernement qui prenait une décision contre les intérêts américains était renversé et remplacé par un gouvernement qui saurait mieux comprendre et prioriser les intérêts américains. Comme le disait Eduardo Galeano dans son livre Les veines ouvertes de l’Amérique latine : « Pour le monde d’aujourd’hui, l'Amérique n'est que les États-Unis ; la région que nous habitons est une sous Amérique, une Amérique de second ordre ».
C’est simple, pour Donald Trump, l’Amérique latine est l’extension de son pays, comme l’Amérique latine l’a été par le passé. De facto, tout de ce territoire lui revient. Seulement, il n’a fait qu’élargir ce sentiment au reste du monde.