L’impérialisme américain reprend forme en Amérique latine depuis près d’un an. Les forces navales américaines sont présentes massivement dans la mer des Caraïbes. Des tarifs et des coupures ont été imposés sur le Mexique. Les États-Unis ont aussi capturé l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier dernier en envoyant des frappes aériennes sur la capitale, Caracas.
La doctrine Donroe - la doctrine Monroe apprêtée à la façon Trump - a été mentionnée par le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth pour justifier les actes d’ingérence dans les pays d’Amérique latine. La professeure de politique comparée à l'Université d'Ottawa, Marie-Christine Doran, dit dans une entrevue avec Radio-Canada qu’il n’y a pas de limites à l’hégémonie américaine. « Les États-Unis veulent tuer dans l'œuf les velléités des pays latino-américains de s'affranchir des États-Unis et d’avoir leur propre chemin», a-t-elle ajouté.
La doctrine Monroe a été présentée à l'État de l’Union en 1823 dans le discours du président des États-Unis, James Monroe. Elle annonçait que les États-Unis s’opposeraient à la colonisation européenne des Amériques et interviendraient le cas échéant.
La guerre hispano-américaine pour l’indépendance de Cuba en 1898 a été la première instance d’ingérence et de domination dans cette région. Cette opposition à la possession de Cuba par le Royaume d’Espagne et cet esprit d’impérialisme et d’expansion de la nation proviennent en partie de la doctrine Monroe.
Une soif de ressources
Les États-Unis veulent investir, avec l’aide des pétrolières américaines, dans les infrastructures pétrolières du Venezuela. Pour l’enseignante et politiste à l’Université d’Avignon Yoletty Bracho, « le cadre de la présence et de la domination étasunienne [que ce soit] économique ou politique en Amérique latine, c’est une histoire longue. »
La capture du président Nicolás Maduro le 3 janvier dernier n’était pas la première instance d’ingérence politique du gouvernement de Trump au Venezuela. Mme Bracho explique que c’est sous le premier mandat de Trump qu’il impose des sanctions sur le Venezuela et ses pétrolières. Avec son deuxième mandat s’installe une menace militaire qui a évolué en relation de tutelle sur le gouvernement vénézuélien.
« Nous allons extraire des quantités de pétrole que peu de personnes ont déjà vu », a déclaré Donald Trump à la suite de la capture de Nicolás Maduro. Celle-ci a permis au président américain d’entamer les discussions avec les entreprises pétrolières les 8 et 9 janvier derniers à la Maison-Blanche.
Une nouvelle ère
« La doctrine américaine a changé à 180 degrés assez rapidement. Sous Joe Biden, l’Amérique latine n’était pas une priorité de la politique étrangère des États-Unis », déclare le journaliste indépendant spécialiste en politique d'Amérique latine et doctorant en science politique à l’Université de Virginie, Joseph Bouchard.
L’imposition de cette doctrine pourrait mettre les pays d’Amérique latine en danger, explique M. Bouchard. « Il faut être certain de ne pas être dans la ligne de mire directe avec les Américains », dit-il. Il décrit cette ligne de mire comme faisant affaire avec les ennemis d'État des États-Unis, comme la Chine ou la Russie. Il ajoute que limiter le commerce avec les autres pays et imposer leur domination à l’aide de tarifs ou de frappes militaires sont des possibilités dans ce nouvel ordre politique.
Depuis le début de son mandat, le dirigeant américain a tenu plusieurs propos qui laissent entendre de futurs stratagèmes impérialistes. Donald Trump a mentionné en décembre 2025 que le président colombien Gustavo Petro « allait être le prochain s’il ne se prenait pas en main ». Il avait aussi dit que « le Mexique doit se reprendre en main, parce que [les drogues], elles proviennent du Mexique. Les autorités mexicaines pourraient le faire elles-mêmes, mais les cartels sont très puissants » en suggérant qu’il pourrait imposer la participation américaine pour se débarrasser de ceux-ci.
Le président américain Donald Trump a annoncé le 7 mars dernier que « Cuba vit ses derniers moments » et que le pays allait « tomber très bientôt ».