Les Jeux olympiques de Milan-Cortina étaient la première édition des JO conçue intégralement selon la réforme de l' « Agenda olympique », censée tenir compte de l’empreinte environnementale. Cependant, dans les faits, certaines décisions prises par le Comité international olympique (CIO) ont entaché l’initiative louable, soulevant des questions quant à la faisabilité de JO responsables.
De l’aveu du CIO, l’objectif était de réaliser les jeux « les plus durables de l’histoire ». L’objectif du comité était principalement de mettre l’accent sur deux points centraux: l’utilisation de sites déjà existants ou de constructions réversibles, ainsi que l’utilisation de sources d’énergie renouvelables. Des mesures qui auraient permis de réduire de manière considérable la production de GES par rapport aux éditions précédentes. Ceci étant dit, même si le résultat est nettement mieux que les éditions antérieures, est-ce vraiment suffisant?
Avant même le début des JO, un rapport du Scientists for Global Responsibility et du New Weather Institute estimait que l’édition Milano-Cortina des jeux pourrait émettre 930 000 tonnes de CO2. Ce chiffre augmente si l’on prend en compte les commanditaires Stellantis, Ita Airways et ENI, qui sont de grands pollueurs. Avec leur impact combiné, les estimations montent à 2.23 millions de tonnes de CO2 pour la période des JO, soit l’équivalent de la production des habitants de la Ville de Longueuil sur une année complète.
En plus d’une production de GES trop élevée, la décision du CIO de reconstruire la piste de bobsleigh, luge et skeleton au même endroit que l’iconique piste des JO de 1956 a poussé des milliers d’Italien(ne)s à protester dans les rues de Milan à la veille des olympiades. Le plan initial voulait que ces épreuves se déroulent à l’étranger, à cause des coûts trop importants et de la nécessité d’abattre plus d’une centaine d'arbres pour construire sur le site. Cependant, après l’intervention du gouvernement d’extrême droite italien, qui estimait que les jeux devaient être à 100% italien, le CIO s’est vu forcé d’aller de l’avant avec la construction d’une nouvelle piste dont l’utilisation après les jeux demeure incertaine.
Ces ratés démontrent l’impasse dans laquelle se retrouve le CIO. Malgré la volonté réelle de diminuer l’impact environnemental, force est de constater que les changements structurels nécessaires sont très difficiles à exécuter, voire impossibles.
On pourrait même se demander si le principe des JO en lui-même peut concorder avec un respect du territoire et les gens qui l’habitent. Des milliers d’athlètes envahissent une région pour plusieurs jours et nécessitent d’être logés, nourris, transportés, sans compter les spectateurs qui sont encore plus nombreux. Les sports en eux-mêmes forcent une intervention humaine sur la nature. Le ski alpin et la planche à neige, par exemple, se déroulent forcément dans des montagnes charcutées, les enfermant dans une logique commerciale.
Les principaux attraits des Jeux olympiques se trouvent dans la captation de performances inspirantes ainsi que le fort sentiment patriotique qui nous prend d’assaut en voyant la feuille d’érable arborée fièrement par nos athlètes. Or, ces deux aspects contribuent à cette impasse. La volonté de rendre les jeux toujours plus attrayants, toujours plus spectaculaires n’est pas viable à long terme. Pour que des Jeux plus responsables soient possibles un jour, des compromis s’imposent. Mais au final, les spectateurs ne sont peut-être pas prêts à en payer le prix.