La Guyane, territoire d’outre-mer français, est l’un des départements les plus touchés par des cas de virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Cette situation s’explique notamment par la précarité reliée aux mouvements des populations avoisinantes
« Ce sont des personnes migrantes qui sont majoritairement touchées, mais ce ne sont pas les personnes migrantes qui nous apportent l'épidémie », affirme la médecin et présidente du Réseau Kikiwi, Aude Lucarelli. Cette association guyanaise accompagne les personnes touchées par des infections transmissibles sexuellement.
Les frontières poreuses entre la Guyane et ses voisins créent de nombreux mouvements migratoires et mènent à la venue de nouveaux arrivants sur le territoire. « Il y a beaucoup de mouvements de population qui vont venir du Brésil, d'Haïti, de la République dominicaine. Et ça, couplé à la précarité, fait qu'effectivement, il y a une épidémie, encore aujourd'hui », ajoute le coordinateur général du Réseau Kikiwi, Lucas Da Costa.
Un terrain de passage
Ces personnes migrantes sont directement touchées par le virus. Les conditions dans lesquelles elles arrivent sont difficiles et entraînent une précarité économique qui les place dans une position assez vulnérable, explique Mme Lucarelli.
L’épidémie du VIH touche la Guyane depuis près de 40 ans. Le virus a incité plusieurs associations à s’adapter à la crise et à mettre la sensibilisation et le dépistage de l’avant. Le passage du curatif à la prévention a mené à la promotion de moyens de contraception et de traitements, mais de nombreux cas sont toujours enregistrés sur le territoire, affirme Mme Lucarelli.
Les ressources mises en place
Devant l’instabilité financière et les difficultés engendrées par le déplacement des populations, la prévention d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) n’est pas une priorité. Les risques reliés à la santé et la contraception ne sont pas toujours pris en compte.
Le financement des organismes qui accompagnent les patients et sensibilisent les Guyanais au dépistage, notamment dans les écoles et les prisons, diminue. Ces baisses de subventions compliquent le travail des intervenant(e)s. « Il y a moins de ressources humaines pour pouvoir faire ces accompagnements ou monter des projets [de promotion] de la santé », ajoute Mme Lucarelli. Sans ces projets de promotion de la santé sexuelle et cet accompagnement, la stigmatisation des personnes atteintes du VIH se voit renforcée, explique-t-elle.
À ces organismes s’ajoutent des ressources médicales qui couvrent les frais des traitements, celles-ci ne sont pas affectées par les coupes budgétaires. Les Guyanais(es), tout comme les Français de la métropole, sont protégés par la sécurité sociale, qui prend en charge toutes les personnes touchées par une infection.
L’éducation à la sexualité est obligatoire pour les élèves en Guyane. La chargée de projet pour Guyane Promotion Santé, une association spécialisée dans la formation de professionnels en santé, Christelle Reucheron, note que la prévention n’est pas la même sur l’ensemble du territoire guyanais. « En éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, il va y avoir ce qui est normalement inscrit dans la loi : les trois séances d'éducation par classe, par niveau, ce qui n'est pas forcément respecté par tous les établissements », précise-t-elle.
Cette éducation à la sexualité peut être parfois négligée par manque de ressources et d’intervenant(e)s du côté des associations chargées d’organiser des ateliers. Mme Reucheron souligne tout de même le désir des responsables de l'éducation nationale qui souhaitent pouvoir former le corps enseignant et le personnel soignant pour qu’il y ait un plus grand déploiement de ressources afin de venir en aide aux personnes touchées par les ITSS.