Et si on vous disait que le trafic de cactus était presque aussi lucratif que celui de la cocaïne? Ça semble absurde et, pourtant, en Afrique du Sud, ce type de braconnage brasse des milliards de dollars, selon une enquête de la Revue XXI. Un véritable banditisme botanique, inscrit dans un phénomène mondial qui touche aussi le Chili et le Mexique.
En Afrique du Sud, les saisies liées au trafic des végétaux ont augmenté de 250 % par an au cours des trois dernières années, selon la Botanical Society of South Africa. Une explosion alimentée par notre obsession collective pour l'exotisme de salon et la quête effrénée du spécimen le plus rare.
Derrière ces plantes très convoitées se déploie un réseau structuré, porté par une demande mondiale en pleine croissance.
L’organisation rappelle celle du trafic de stupéfiants avec des tâches réparties avec précision. Récolteurs, grossistes, transporteurs : cette division du travail rend le réseau à la fois discret et difficile à démanteler. Une fois arrachés à leur habitat naturel, les cactus sont emballés dans du papier de toilette pour préserver leurs racines durant le transport. S’engage alors une course contre la montre pour éviter qu’ils ne meurent avant d’être exportés.
Le même scénario se répète notamment au Chili et au Mexique, réputés pour leurs plantes grasses. Lors de l’opération « Atacama » en 2020, la plus importante du genre, les autorités italiennes ont saisi plus de mille cactus chiliens chez un trafiquant. Valeur de la marchandise ? Plus d’un million de dollars.
L’ignominie de cette industrie ne s’arrête pas là. En Afrique du Sud, des braconniers recrutent parfois des enfants en échange de quelques bonbons. La localisation des plantes rares circule simplement sur WhatsApp, transformant la cueillette en une chasse au trésor illégale et destructrice. Ces « diamants verts » sont essentiels à la biodiversité, ils retiennent l’eau, contribuent à la purifier et constituent une source d’hydratation vitale pour la faune. Les arracher, c’est fragiliser tout un écosystème.
Une tendance devenue virale
Si ce marché noir, ou plutôt vert, explose, c’est pour satisfaire une esthétique éphémère dans nos appartements. En 2020, plus de la moitié des Américains ont craqué pour un cactus, selon la base de données Statista. Cette tendance est devenue virale jusqu'en Asie, où des usines géantes produisent en masse ces espèces.
Le Québec n’est d'ailleurs pas épargné par cet engouement international. En 2025, le Jardin botanique de Montréal a dû servir de refuge pour plusieurs plantes exotiques importées illégalement dans la province.
Il faut l’admettre, nous avons, nous aussi, succombé à la mode du cactus sans en contester l’origine. Mais, maintenant, difficile d’ignorer que nos envies de verdure instagrammable alimentent un réseau criminel bien réel. Des spécimens parfois centenaires sont arrachés à des écosystèmes fragiles pour décorer nos intérieurs. Un cactus ayant survécu des décennies à la sécheresse ne devrait pas finir sur une étagère IKEA, entre une bougie parfumée et un cadre photo.