La forêt du bassin du Congo produirait plus de CO2 qu'elle en absorbe. Alors que la forêt permet la récolte d'aliments, de bois et de revenus pour les nombreuses communautés qui l'entourent, l'industrie minière et la coupe de bois seraient les causes principales de sa dégradation.
Historiquement, les forêts d'Afrique ont toujours joué le rôle de puits de carbone en absorbant le carbone atmosphérique et l'emmagasinant sous forme de biomasse. Cependant, une étude de Scientific Reports publiée en novembre dernier révèle qu'entre 2010 et 2017, elle serait passée d'un puits stockant le carbone à une source d’émissions.
Cette forêt qui s'étale sur plus de 2 millions de km2 est la deuxième plus grande masse forestière au monde après l'Amazonie. Surnommée le « poumon de l'Afrique », elle abrite une forêt tropicale, des tourbières, et des marais humides couverts de végétation, qui stockent environ 600 milliards de tonnes de carbone annuellement.
Une importante source de vie
La forêt est partagée entre six pays et abrite des milliers d'espèces animales et végétales en voie d'extinction. Elle permet à sa population, incluant des peuples autochtones, de subvenir à leurs besoins en alimentation, en matériaux de construction et sert même de source de revenus. « Les gens collectent des produits non ligneux, comme des plantes, des champignons et des insectes, qui sont extrêmement importants pour leurs moyens de subsistance et leur identité culturelle », explique une professeure au département d'études environnementales de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard, Dre Carolyn Peach Brown.
Comme le décrit un candidat au doctorat en sciences de l'environnement de l'UQAM, Arnauld Ulrich Chyngwa Nganso, avec la croissance rapide de la population, les besoins d'approvisionnement en bois croissent aussi vite.
Autour, il n'y a pas d'électricité. Les gens utilisent le bois pour chauffer leurs maisons et cuire leurs aliments. Cette demande grandissante en bois permet à certain(e)s de travailler dans l'industrie de coupe du bois et d'en tirer profit. C'est le cas des personnes qui font des coupes de bois illégales pour la vente clandestine. Ils vendent leur bois moins cher que les producteurs légitimes, qui eux utilisent des moyens durables visant à soutenir la santé de la forêt.
Une forêt riche en ressources naturelles
Quant à l'industrie minière, elle affecte principalement la République Démocratique du Congo, qui abrite environ 70% de la forêt du bassin et possède un sol riche en minerai, dont celui utilisé dans la fabrication de la plupart des téléphones intelligents. Selon Arnauld Chyngwa, sa richesse participe à son déclin. « Il y a énormément d'exploitations clandestines qui créent beaucoup de dégâts. Ça vient avec des trafics d'armes et des guerres intercommunautaires pour se diviser le territoire et le contrôle des ressources », ajoute-t-il.
Pour certains gouvernements sous-financés et faibles, appliquer leurs politiques est compliqué en raison de la diversité de cultures, de langues et de pays qui se partagent la forêt. En plus des conflits internes, il y a beaucoup de corruption et d'ingérence de la part de pays à l'extérieur du bassin qui veulent également mettre la main sur ces ressources convoitées. « C'est avantageux, pour eux, de préserver les conflits, car l'instabilité permet l'exploitation des ressources sans répercussions véritables », explique Dre Carolyn Peach Brown.
La lumière au bout du tunnel
De nombreuses initiatives ont été mises en place pour limiter la dégradation de la forêt, comme une certification officielle pour la coupe de bois, qui incite l'industrie forestière à utiliser des pratiques responsables.
« Pour cesser la dégradation de la forêt, il faut que les gouvernements passent de la parole à l'action », affirme Arnauld Chyngwa. Il faudra aussi une plus grande implication des communautés et une meilleure éducation environnementale, selon le doctorant. « C'est la gestion participative qui est le secret dans ce genre de chose ».