Considérée comme un tremplin social pour les familles, la pratique du muay thaï par les enfants est courante en Thaïlande et s’avère être un moyen concret pour les familles de s’enrichir. Caractérisé par sa violence physique, cet art martial inquiète toutefois certains spécialistes concernant le développement cérébral des enfants.
Le muay thaï, aussi appelé boxe thaïlandaise, est une partie intégrante de la nation depuis plus de 600 ans. Cet art martial, perçu comme un véritable outil promotionnel, se pratique debout et fait appel à tous les membres du corps pour balayer ou frapper l’adversaire dans l'objectif de marquer des points ou bien de rendre l’adversaire inconscient. À défaut de le pratiquer, la grande majorité des Thaïlandais sont familiers au muay thaï et les enfants s’avèrent être les premiers acteurs de ce sport. Selon une étude menée par le Dr Jiraporn Laothamatas au sein de l'hôpital Ramathibodi à Bangkok, entre 200 000 et 300 000 enfants participent à des combats de muay thaï à travers le pays, et ce, dès l’âge de 4 ans.
L’espoir d’un meilleur niveau de vie
Dans ce pays peuplé d’environ 70 millions d’habitants, le muay thaï représente une sérieuse source d'enrichissement pour les combattants. C'est aussi un moyen pour les parents de compléter leurs maigres revenus en bénéficiant des sommes que peuvent remporter leurs enfants dans des compétitions déjà rémunérées. « Les gens qui ont de l’argent le font juste pour le plaisir, mais les personnes qui pratiquent vraiment le muay thaï sont les pauvres », affirme le professeur de muay thaï Termsak.
La popularité de ce sport réside dans son accessibilité et dans la possibilité de générer des revenus presque immédiats par rapport à d’autres sports populaires, comme le soccer ou le tennis. « Pour le muay thaï, tu as juste à aller dans une salle de sport, tu t’entraînes quelques semaines et ensuite tu peux combattre », explique cet ancien combattant professionnel âgé de 27 ans. Il est aujourd’hui entraîneur au club de muay thaï Thailong, à Montréal, après avoir quitté la Thaïlande il y a quelques années.
Plusieurs spécialistes alertent pourtant sur les séquelles causées par cette pratique. C’est le cas du docteur Adisak Plitponkarnpim, qui a mené une étude pendant 5 ans sur 335 jeunes boxeurs et boxeuses, et 252 enfants qui ne pratiquaient pas ce sport. Le constat est sans équivoque : les pratiquants souffraient de lésions cérébrales, de troubles névrotiques et possédaient un quotient intellectuel diminué.
Termsak, lui, ne semble toutefois pas inquiet concernant le développement cérébral des enfants et ne constate pas de dommages plus importants que les quelques hématomes pouvant ponctuer les corps. Il assure par ailleurs que les règles ne sont pas tout à fait les mêmes pour les enfants : « Ils font seulement trois manches de deux minutes. Les arbitres les protègent plus parce qu’ils sont jeunes. […] Ils ne se battent pas très fort. »
Les croyances avant la violence
Les notions de respect et de croyance font partie intégrante du muay thaï, illustré notamment par cette danse et prière qui précède les combats, le Wai Khru Ram Muay. « Quand nous combattons, [...] nous devons respecter l’arène et tout le monde, déclare Termsak. Le muay thaï n’est pas juste un art martial, c’est beaucoup plus ».
Le professeur d’art martial perçoit davantage le muay thaï comme un moyen d’augmenter sa confiance que de causer des risques liés à la santé. Devenir fort pour ne pas craindre de subir des coups et les renvoyer si nécessaire, voilà ce qui anime de nombreux Thaïlandais et Thaïlandaises selon lui.