José Antonio Kast a été investi le 11 mars dernier comme nouveau président du Chili, remplaçant le gouvernement de gauche en place. Il devient le premier dirigeant d’extrême droite en place depuis le dictateur Augusto Pinochet, envers lequel il a, à maintes reprises, affiché son admiration.
L’avocat et fondateur de l’Union Démocrate Indépendante a été élu en décembre dernier avec un pourcentage des votes avoisinant les 60% au deuxième tour face à sa rivale du parti communiste. Il a donc été investi le 11 mars dernier comme nouveau président du Chili. Ce faisant, il devient le premier candidat d’extrême droite à la tête du pays depuis Augusto Pinochet, le commandant en chef de l’armée chilienne. Ce dernier avait pris le pouvoir par un coup d’État et avait fait vivre une dictature militaire au peuple chilien de 1973 à 1990, dont on compte aujourd’hui plus de 3000 morts ou disparus.
Pour expliquer cette victoire, Marie Christine Doran, professeure titulaire de science politique à l’Université d’Ottawa et directrice de l’Observatoire violence, criminalisation et démocratie, souligne l’arrivée d’un nouveau tierce de votants et de votantes, sollicité par la réimplantation du vote obligatoire au pays et particulièrement favorables aux politiques de Kast et ses équivalents. « Ces [nouvelles personnes qui votent], parce qu’elles sont moins informées, vont être plus sensibles à des discours de peur sur les migrants, sur les autochtones qui sont dangereux et tous ces mythes qui font “le pain et le beurre” et le succès du modèle de Bukele au Salvador », dit-elle.
Elle souligne également l’absence de faire-mémoire du peuple chilien face au régime de Pinochet , dont la fin remonte à moins de quarante ans.
« Le statut de la mémoire, de la réprobation de Pinochet n’est pas si fort que ça parce que les institutions ont négocié le récit, ont laissé les militaires [ayant perpétré diverses violations des droits humains] avoir leur propre récit. »
Madame Doran explique que cette négociation du récit commun a contribué à rendre acceptables l’héritage de la dictature - au point où 40% de la population chilienne approuve aujourd'hui ce dernier - et les discours qui y sont adjacents, notamment concernant la libéralisation de l’État ou encore la justification de violations de droits humains.
Un tournant général vers l’extrême droite
En élisant Kast, le Chili emboîte le pas aux nombreux pays d’Amérique du Sud ayant érigé à leurs têtes un représentant de l’extrême droite dans les dernières années. Parmi eux, on compte Rodrigo Paz en Bolivie, Javier Milei en Argentine ou encore Nayib Bukele au Salvador. Le modèle de ce dernier, basé sur la répression punitive de la criminalité et de l’immigration, notamment avec la construction de mégaprisons, séduit plusieurs pays d’Amérique latine et même l’administration Trump.
Pablo Barnier-Khawan, doctorant à Science Po Paris et spécialiste de l’autodétermination au Chili et en Bolivie, explique ce virage généralisé de l’Amérique du Sud vers l’extrême droite comme une réponse à l’instabilité des transitions démocratiques amorcées dans les années 1980-90. Il blâme également les échecs de ces gouvernements de gauche du début des années 2000 qui, malgré un mouvement idéologique de masse qu’on appelle aujourd'hui la « vague rose », n’ont pas été en mesure de garantir la condamnation des précédents dirigeants autoritaires ainsi que l’instauration d’un État social.