L’industrie cinématographique du Nigéria est la plus puissante du continent africain et la plus productive au monde. En alliant développement international et modèle économique unique, Nollywood parvient à préserver sa plus grande force : son authenticité.
Pour le producteur et acteur nigérian Zack Orji, l’importance de Nollywood est d’abord symbolique, avant d’être économique : « L’industrie elle-même […] raconte nos histoires, fait connaître le Nigéria et l’Afrique sur la scène cinématographique mondiale et donne un sentiment d'appartenance aux Noirs du monde entier ».
Nollywood cherche depuis plusieurs années à développer et faire connaître le cinéma nigérian à travers le monde, et ce, à différentes échelles. Leur stratégie se déploie d’une part sur le plan continental, avec diverses coproductions et festivals locaux, et d’autre part à l’international, avec des initiatives comme Screen Nigeria ou des festivals prestigieux tels que le Festival de Cannes.
L’arrivée de Netflix sur le continent africain en 2019 a contribué à la diffusion mondiale du cinéma nigérian en rendant ses films accessibles à un nouveau public mondial, selon M. Orji. « Nous avons des spectateurs qui regardent nos films partout dans le monde [...] et, plus généralement, dans toute la diaspora africaine », poursuit-il fièrement.
Un modèle unique
Avec près de 2 500 films réalisés chaque année, soit 50 films par semaines selon le rapport de l’UNESCO sur l’industrie du film en Afrique de 2021, Nollywood est l’industrie cinématographique qui produit le plus de films dans le monde. À titre de comparaison, Hollywood, aux États-Unis, et Bollywood, en Inde, produisent respectivement environ 500 et 1700 films par an. Parmi tous les films nigérians, seulement 200 productions parviennent toutefois à se frayer un chemin jusqu’aux salles de cinéma, qui exigent un formatage particulier et plus coûteux.
Alors que les budgets de production restent très éloignés des standards occidentaux, le modèle économique de Nollywood repose avant tout sur la vente directe de DVD et sur l’argent généré par les vues issues de YouTube. Cette stratégie permet de « toucher directement le public », explique l’auteur du livre Nollywood : le phénomène vidéo au Nigéria, Pierre Barrot. « Historiquement, ils n'ont pas de préoccupations artistiques. Ils recherchaient absolument l’efficacité des histoires, la force de frappe des comédiens, la dramaturgie très forte », ajoute l’auteur.
Depuis les années 2010, une nouvelle génération de cinéastes tente toutefois d’élever les standards de production. Certain(e)s réalisateurs et réalisatrices misent désormais sur des équipements plus sophistiqués, « capables de faire de la belle image », constate M. Barrot.
Mais le cœur de Nollywood reste le même : dépeindre le quotidien des Nigérian(e)s à travers des thèmes populaires comme la religion, la morale ou la vengeance. « Le principal but est de parler de nos propres histoires provenant de nos propres points de vue », résume M. Orji. Ce qui caractérise avant tout cette industrie, c’est sa liberté créatrice, souligne l’auteur : « Le propre des films nigérians, en général, c’est que ce n’est pas formaté. […] Il y a une audace qui crée une certaine créativité et qui bouscule un peu toutes les tentatives de censure ».