Des membres du collectif GenZ 212 ont organisé, avant la Coupe d’Afrique des nations 2025 (CAN), des manifestations pour dénoncer l’état des services publics, notamment dans la santé et l’éducation. Ces mobilisations de jeunes dans plusieurs villes marocaines ont mis en lumière leur volonté de changement à la veille du grand rendez-vous sportif continental.
« Le problème n’était pas la CAN, mais l’ordre des priorités », explique un membre de GenZ 212 sous le couvert de l’anonymat. Le nom du collectif fait référence à la génération Z, les jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, ainsi qu’à l’indicatif téléphonique international du Maroc (+212).
La CAN critiquée par jeunesse
Le Maroc a accueilli la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, la principale compétition de soccer du continent, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026. Dans les rues, les drapeaux rouges marqués de l’étoile verte envahissent les villes et les partisans célèbrent l’événement, considéré comme une vitrine internationale pour le pays.
L’organisation de la CAN aurait coûté environ 2,9 milliards de dirhams (près de 415 millions de dollars canadiens), selon le média Le Petit Journal. Ce montant a alimenté les critiques de la jeunesse mobilisée. Dans certaines villes comme Tanger, l’organisation de la CAN a entraîné des améliorations visibles dans l’espace urbain, mais pour certain(e)s jeunes, ces investissements illustrent aussi un déséquilibre dans les priorités publiques.
« C’était émotionnellement complexe. Il y avait une joie collective, un moment puissant et rassembleur. Mais les enjeux structurels n’avaient pas disparu, explique le militant. Aimer le football est culturel et collectif, critiquer les politiques publiques est civique ».
La naissance d’un mouvement
Le mouvement GenZ 212 apparaît à la mi-septembre 2025 après la mort de huit femmes enceintes à l’hôpital d’Agadir, admises pour des césariennes. Le drame provoque une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et relance les critiques sur l’état du système hospitalier public, souvent confronté à un manque de personnel et d’équipements.
Selon l’Agence France-Presse, un espace de discussion s’est rapidement créé sur la plateforme Discord pour organiser une réponse collective.
Les participant(e)s échangent quotidiennement et votent leurs décisions. Entre septembre et octobre, des manifestations sont organisées dans plusieurs villes du pays. Le canal de discussions Discord du mouvement rassemble, à ce jour, plus de 180 000 membres, un chiffre considérable dans un pays où les jeunes de 15 à 34 ans représentent plus de 30 % de la population.
Des bilans contradictoires
Plusieurs organisations, dont l’Association marocaine des droits humains (AMDH), dénoncent la gestion sécuritaire du mouvement. Depuis le début des manifestations en septembre 2025, de nombreuses arrestations ont été signalées lors de rassemblements dans différentes villes du pays.
Selon un journaliste marocain, des centaines de personnes auraient été interpellées au cours des mobilisations. Certaines auraient été relâchées après vérification d’identité, tandis que d’autres auraient été déférées devant la justice, notamment pour refus d’obtempérer, violences ou atteintes aux biens.
D’après cette même source, une partie des personnes interpellées serait liée au mouvement GenZ 212, tandis que d’autres seraient présentés comme des « casseurs » sans lien direct avec les militants.
Le journaliste précise par ailleurs que les chiffres circulant sur le nombre de manifestant(e)s arrêté(e)s demeurent approximatifs, faute de données officielles.
« Aucune source sûre. Et pour cause : certains militants et défenseurs des droits humains évoquent des brutalités policières et des milliers d’arrestations, tandis que d’autres cherchent à minimiser les faits », explique-t-il.
*Plusieurs sources interrogées dans le cadre de cet article ont requis l’anonymat en raison du caractère sensible du sujet