Plus de 2000 femmes iraniennes ont complété le marathon de l’île de Kish, au sud de l’Iran, le 6 décembre dernier. Vêtues de rouge, des centaines d’entre elles ont couru la distance mythique sans leur hijab pour s’opposer à la République islamique.
Selon BBC News, la Fédération athlétique de la République islamique s’est opposée à l’évènement et l’a déclaré d’« atteinte à la décence publique ».Bien que le port du hijab soit ancré dans la loi islamique, la charia, les deux organisateurs du marathon de Kish ont délibérément annoncé qu’il serait facultatif lors de la course, afin que le choix de se couvrir ou non revienne aux coureuses iraniennes. Selon le Canadian Running Magazine, ce geste risque de leur coûter cher. Si leurs intentions se révèlent intentionnelles ou préméditées, ils risquent l’emprisonnement.
Au printemps 1979, l’ayatollah Khomeiny instaure un État islamique théocratique chiite fondé sur une interprétation stricte de la charia, une loi qui regroupe les intérêts religieux de l’État. Parmi les codes de conduite assez contraignants, figure le port obligatoire du hijab dans l’espace public pour les femmes iraniennes dès l’âge de neuf ans. Depuis, les manifestations se multiplient afin de dénoncer les abus de pouvoir de la République islamique.
Les athlètes iraniennes se retrouvent la plupart du temps contraintes dans l’exercice de leur discipline sportive : « le sport en Iran est institutionnalisé comme un fief masculin qui sert à justifier la ségrégation sexuelle dans le sport », souligne la chercheuse Hanieh Ziaei. Il n’est d’ailleurs pas rare que les femmes iraniennes se voient refuser l’accès aux stades sportifs. « Les heures pour fréquenter les piscines publiques ne sont pas les mêmes pour les femmes que pour les hommes », ajoute-t-elle.
S’entraîner, mais à quel prix ?
Certaines Iraniennes décident de militer contre les injustices en refusant de se conformer au code vestimentaire. Toutefois, ce courage n’efface pas la terreur imposée par la République islamique, qui réprimande celles qui désobéissent à la loi fondée sur les mœurs. « Arrestations, fausses accusations, confiscation du passeport, emprisonnement » sont des châtiments communs infligés aux Iraniennes. « Le tout se fait toujours de façon très arbitraire », précise l’experte en monde iranien.
C’est le cas de l’alpiniste Elnaz Rekabi, qui a participé aux championnats d’Asie à Séoul en 2022 sans son hijab. « Il y avait une posture politique très engagée de sa part », déclare Hanieh Ziaei. Son geste a été accueilli héroïquement à son retour en Iran, ce qui n’a pas plu à la République islamique, qui l’a obligée à raconter publiquement que son voile avait glissé. S’en sont suivis des interrogatoires, de la surveillance par l’État et une confiscation de son passeport, tel que déclaré par Vertige Média. En mars 2025, son frère a révélé l’exil de l’athlète féminine à Vancouver, où elle est maintenant entraîneuse d’escalade.
En 2024, le Comité international olympique nomme Elnaz Rekabi « athlète modèle » pour les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Elle est reconnue au-delà du podium pour le symbole de résistance qu’elle incarne face au régime iranien.
Femme, Vie, Liberté
En septembre 2022, des cris du cœur retentissaient dans les rues de la capitale, Téhéran. Les femmes iraniennes cherchaient à rendre justice à leur consœur, Masha Amini, décédée d’une hémorragie cérébrale alors qu’elle était toujours détenue par la police des mœurs pour avoir mal porté son voile.
De cette injustice liée au strict code vestimentaire est né le mouvement Femme, Vie, Liberté. Ce mouvement s’inscrit dans une forme de désobéissance civile, et interpelle plusieurs athlètes professionnelles d’origine iranienne qui ont exercé leur sport de compétition sans le hijab : Sara Khadem, Kimya Alizadeh, Elnaz Rekabi et Mitra Hejzipour. L’Apostrophe a tenté de les contacter, mais aucune réponse n’a été reçue.
Plus récemment, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, une nouvelle forme d’opposition est advenue lors d’un match de la Coupe d’Asie à Sydney où s’affrontaient la Corée du Sud et l’Iran. Cinq joueuses de soccer ont refusé de chanter leur hymne national iranien, ce qui leur a valu des accusations du gouvernement iranien de « traîtresses en temps de guerre » et de « summum du déshonneur », a mentionné La Presse.
Malgré les exils des athlètes dans plusieurs pays, comme l’Australie, la France, le Canada et l’Espagne, aucune d’entre elles n’ont encore osé dénoncer les comportements de la République islamique sur la place publique et aucune n'a accordé quelconque entrevue à des médias étrangers.